Auteur/autrice : hannelore@conservatoireaugmente.com

  • Entretien autour de la diffusion du court-métrage Glacier (2022) réalisé par Solal Moisan et Camille Étienne

    Cet entretien avec Daniel Sicard, directeur de l’Orchestre Curieux, retrace la mue de l’ensemble symphonique en vecteur d’engagement. Avec le projet Glacier, qui a mené des musiciens jouer au pied des neiges éternelles, il pense la création comme expérience sensible du vivant plutôt que comme finalité esthétique. Format réduit, répertoire pop et cinématographique : sa démarche appelle la nouvelle génération à dépasser l’individualisme des conservatoires pour mettre l’excellence technique au service du vivant.

  • Une partition accessible pour tous

    Une partition accessible pour tous

    Comment le projet européen MuVie contribue à rendre la formation musicale plus accessible

    Pour une personne aveugle, lire un livre de manière autonome est aujourd’hui une réalité bien établie grâce au système conçu par Louis Braille, qui ne limita pas son travail à la lecture et à l’écriture des textes mais, en tant que musicien, consacra beaucoup d’énergie à la recherche d’une solution permettant d’accéder aux partitions sans dépendre de l’aide d’autrui. De ce besoin naquit la notation musicale Braille, encore utilisée aujourd’hui dans une grande partie du monde par des étudiants, des enseignants et des musiciens non-voyants.

    Près de deux siècles plus tard, le problème ne concerne plus la manière de représenter la musique en relief Braille, mais la possibilité d’accéder aux supports d’étude. Au fil des années, des milliers de transcriptions ont été réalisées, dont beaucoup sont conservées dans des bibliothèques et des archives spécialisées. Une part importante de ce patrimoine existe encore exclusivement en format papier et reste liée aux lieux qui le conservent. Pour les étudiants et les enseignants, il n’est donc pas toujours simple de savoir quelles partitions sont disponibles, où elles se trouvent ou comment elles peuvent être consultées.

    Même lorsqu’une partition est disponible, le support sur lequel elle est distribuée influe profondément sur les modalités d’étude. Une partition Braille sur papier conserve toute sa valeur, mais un document numérique offre des possibilités différentes, permettant une consultation plus immédiate et une navigation rapide à l’intérieur du morceau grâce aux lecteurs d’écran et aux plages Braille. À une époque où la grande majorité des ressources pédagogiques est accessible en ligne, la disponibilité de matériaux musicaux en format numérique représente un élément de plus en plus important pour favoriser l’autonomie des étudiants et l’efficacité du travail pédagogique.

    C’est dans ce contexte que s’inscrit le projet européen MuVie (acronyme de Music for Visually Impaired), financé par le programme Erasmus+, qui réunit des partenaires d’Allemagne, d’Italie, de Pologne et de Chypre.

    Les partenaires impliqués opèrent dans des domaines très différents, allant des technologies numériques à la recherche, de la formation musicale à l’éducation des personnes handicapées visuelles. IN2 Digital Innovations, en Allemagne, apporte des compétences dans le domaine des technologies numériques et de l’intelligence artificielle. L’Associazione Giuseppe Paccini de Vérone travaille depuis plus de vingt ans au développement de logiciels accessibles pour les mathématiques et la musique, et a créé des outils tels que le système LAMBDA et le Braille Music Editor, aujourd’hui utilisés dans de nombreuses écoles européennes. La Towarzystwo Muzyczne de Varsovie, fondée par des musiciens non-voyants, œuvre depuis des décennies à la transcription, à la publication et à la diffusion de musique accessible. À Chypre, la St. Barnabas School for the Blind de Nicosie, qui représente depuis près d’un siècle un point de référence pour l’éducation des personnes aveugles, participe également au projet. Le partenariat est complété par Siena Jazz University, engagée dans la formation supérieure et la recherche musicale.

    Parmi les résultats les plus significatifs de MuVie figure une bibliothèque numérique qui rend accessibles en ligne des milliers de pages de partitions en Braille. Beaucoup de ces matériaux existaient déjà, une partie seulement sur support papier, d’autres dispersés entre archives, associations et bibliothèques spécialisées, souvent difficiles à localiser et à consulter. Le projet les a réunis dans un environnement numérique unique, les rendant disponibles de manière simple et immédiate. La bibliothèque inclut également des versions au format MusicXML, utilisables par les enseignants voyants. Cela peut sembler un changement modeste, mais pour un étudiant qui doit trouver une partition pour un cours, un examen ou une répétition d’ensemble, savoir où chercher et pouvoir accéder directement au matériel fait une différence substantielle.

    Pour rendre ces matériaux véritablement utilisables, le Braille Music Reader (BMR) a également été développé : une application gratuite pour Windows compatible avec les principaux lecteurs d’écran. L’idée de base est très simple. Un étudiant doit pouvoir ouvrir une partition, l’explorer et l’étudier de manière autonome, sans avoir à affronter des procédures complexes ni dépendre constamment de l’aide d’autrui.

    Parallèlement au développement des outils technologiques, le projet a accordé une attention particulière à la formation, conscient que la disponibilité d’une technologie ne se traduit pas automatiquement par son utilisation dans les parcours d’étude et d’enseignement. C’est pourquoi MuVie a élaboré des tutoriels et des matériaux pédagogiques destinés aux enseignants et aux professionnels du secteur musical, conçus pour favoriser un usage éclairé et efficace de ces ressources dans la pratique éducative quotidienne.

    L’intelligence artificielle trouve également sa place dans le projet. La notation musicale Braille est linéaire et la lecture de la partition s’effectue avec les doigts : on expérimente donc un prototype permettant de naviguer dans la partition par commandes vocales : atteindre une mesure spécifique, l’écouter sous forme de musique parlée ou de sons, la répéter, l’isoler ou la combiner avec une autre partie, par exemple celle de la main gauche. Cela ne remplace pas le travail des musiciens, des enseignants ou des transcripteurs, mais permet de mieux utiliser le temps et les compétences disponibles.

    MuVie a également porté son attention sur un secteur longtemps resté en marge de la notation musicale Braille : la musique jazz. Les conventions établies pour l’écriture en Braille ont été développées principalement pour le répertoire classique, et ceux qui travaillent avec les symboles d’accords ont souvent dû s’adapter avec des solutions pensées pour d’autres contextes. Pour combler cette lacune, le projet a élaboré une syntaxe spécifique pour la représentation des accords de jazz en Braille, aujourd’hui intégrée dans les versions les plus récentes du Braille Music Editor et compatible avec le format Braille Music ML. Parallèlement, grâce à la collaboration avec le partenaire Siena Jazz, de nombreuses transcriptions de partitions jazz ont été réalisées — un répertoire historiquement quasi absent en format Braille — contribuant ainsi à enrichir la bibliothèque numérique du projet.

    La collaboration entre les partenaires va au-delà de la création d’outils et de ressources partagées et se traduit par un dialogue constant entre institutions, enseignants, chercheurs et étudiants issus de pays et de traditions éducatives différents. C’est dans ce cadre que s’inscrit l’expérience d’Anna Nicotra, doctorante à Siena Jazz University, dont le projet de recherche est consacré à l’accessibilité musicale et à l’inclusion des personnes handicapées visuelles.

    Dans le cadre de son parcours doctoral, elle a effectué une période d’étude au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris, avec pour objectif de découvrir de près les bonnes pratiques et les initiatives développées par l’une des plus prestigieuses institutions musicales européennes.

    Durant son séjour à Paris, Anna Nicotra a présenté le projet MuVie et les activités développées par le consortium. Les échanges avec les enseignants et chercheurs du Conservatoire ont permis d’approfondir des thèmes qui occupent une place importante dans le débat sur l’accessibilité de la formation musicale en Europe. L’accès aux supports d’étude, la formation des enseignants à l’utilisation des technologies d’assistance et l’intégration de ces technologies dans la vie académique représentent en effet des questions encore ouvertes dans de nombreux contextes nationaux, bien que avec des caractéristiques et des solutions différentes.

    Au-delà des outils développés, l’un des effets les plus intéressants de MuVie naît précisément de ce dialogue entre personnes et institutions opérant dans des contextes différents.

    Mettre en relation des expériences acquises dans des pays différents signifie créer des occasions de collaboration, favoriser la circulation des compétences et des bonnes pratiques, et permettre à des solutions développées dans un contexte de devenir utiles ailleurs.

    Les thèmes abordés par MuVie ne sont pas nouveaux. Des associations, des écoles, des universités et des chercheurs travaillent depuis de nombreuses années à rendre l’étude de la musique plus accessible aux personnes handicapées visuelles. Souvent, cependant, ces expériences restent confinées dans les contextes où elles ont vu le jour et peinent à être connues et partagées à plus grande échelle. L’un des objectifs du projet est précisément de créer des liens, en mettant en réseau des personnes, des compétences et des ressources qui, autrement, auraient rarement l’occasion d’entrer en contact.

    Pour un conservatoire, une école de musique ou une université, la question reste au fond très simple. Un étudiant handicapé visuel peut-il accéder aux mêmes opportunités de formation que ses camarades ? Lorsque la réponse n’est pas encore pleinement positive, des initiatives comme MuVie montrent qu’il existe déjà des outils, des compétences et des expériences sur lesquels s’appuyer pour progresser davantage.

    Parfois, les résultats les plus significatifs ne naissent pas de grandes innovations, mais de la possibilité d’accéder à des ressources qui existent déjà, au moment où l’on en a vraiment besoin.

    Plus d’informations : www.muvie.eu

  • Imaginer le futur du son : une introduction par Nicolas Obin

    Et si le futur du son commençait par ralentir ? En ouverture de FAST FORWARD, Nicolas Obin (Sorbonne Université / IRCAM) appelle à décloisonner les métiers de l’audio et à repenser l’IA sonore comme un lien sensible entre les corps, plutôt qu’un objet technique.

    En ouverture de la journée FAST FORWARD, Nicolas Obin a pris le contre-pied de l’accélération : ralentir pour penser le futur du son et la place de l’intelligence artificielle. Il invite à décloisonner les « archipels du son » — musique, cinéma, jeu vidéo — et à concevoir le son non comme un objet technique, mais comme un lien sensible entre des corps en mouvement. Retraçant l’histoire de l’art sonore jusqu’à l’industrialisation par le cinéma, il situe notre époque dans une externalisation de l’esprit vers les machines intelligentes, critiquant des grands modèles de langage qu’il juge « monstrueux et fainéants » au profit d’IA plus sobres, légères, nourries de savoir humain et conçues avec les artistes. Il plaide enfin pour une « touche française » de l’innovation sonore, alliant excellence scientifique, diversité des pratiques et responsabilité écologique et culturelle.

  • Elektronizza, un exemple de lutherie digitale

    Bois, feutrine, mousse et capteurs : à Nice, le projet Elektronizza invente une lutherie numérique low-tech et inclusive, pensée pour mettre un instrument expressif entre toutes les mains — y compris en situation de handicap.

    Mené aux conservatoires de Nice avec les laboratoires Ctela et XR2C2, le projet Elektronizza développe des interfaces musicales numériques inclusives et peu coûteuses, dans une logique de « slow DIY » offrant une alternative aux dispositifs commerciaux. Fabriquées à partir de matériaux simples (bois, feutrine, mousse, capteurs) et exploitant la nouvelle norme MIDI sensible à la pression, ces interfaces offrent une grande expressivité gestuelle.
    L’équipe travaille sur toute la chaîne, de la captation du geste à la diffusion sonore, en s’appuyant sur une réflexion théorique du geste musical (transfert d’énergie, fonction sémiotique) et une dimension ludique. Le projet a produit des prototypes pédagogiques — dont des « game tracks » reliés à des haut-parleurs imprimés en 3D — et s’étend au champ du handicap via des interfaces haptiques, en s’appuyant sur la méthodologie de Rudolf Laban pour analyser les gestes. Plutôt qu’une opposition, Elektronizza propose une complémentarité entre instruments classiques et interfaces numériques, déjà expérimentée dans plusieurs collèges.

  • Retour d’expérience sonorisation mixage à quatre mains opéra La Tosca au Zénith d’Orléans

    Retour d’expérience sonorisation mixage à quatre mains opéra La Tosca au Zénith d’Orléans

    Comment restituer la musicalité et le naturel de l’art lyrique dans des enceintes de grande jauge non dédiées ? Sylvain Béziat et Séverine Gallou détaillent ici le dispositif technique mis en place pour la production de Tosca au Zénith d’Orléans, s’appuyant sur le mixage objet via la Fletcher Machine (Adamson).

    De la gestion d’une centaine de sources à travers 64 objets jusqu’à l’innovation de retours spatialisés pour les solistes et les chœurs, ce retour d’expérience analyse les bénéfices concrets de l’audio 3D en conditions de direct : réduction drastique du masquage, préservation de l’intégrité des timbres et augmentation significative de la marge avant larsen. Une démonstration de la manière dont la technologie objet permet de lier spatialisation et intelligibilité, offrant une immersion sonore cohérente tant pour le public que pour les interprètes.

  • Renforcement sonore spatialisé et création immersive avec HOLOPHONIX

    Comment porter les algorithmes de spatialisation de la recherche vers les contraintes exigeantes du spectacle vivant ? Thierry Coduys (Amadeus) et Adrien Zani (Holophonix) présentent ici le développement et l’application du processeur Holophonix, à travers des études de cas concrets – comme le renfort sonore de l’opéra Macbeth Underworld de Pascal Dusapin à l’Opéra Comique ou les créations de Luca Francesconi à la Biennale de Venise.

    L’intervention détaille l’utilisation de la WFS 3D (Wave Field Synthesis), le contrôle total en OSC et les stratégies de compensation de latence et explore comment la technologie objet permet d’améliorer la localisation et le démasquage spatial, tout en garantissant une transparence acoustique indispensable aux répertoires lyriques et contemporains.

  • Notre-Dame au Châtelet

    Notre-Dame au Châtelet

    En pleine période de Covid-19, le chef d’orchestre Hervé Niquet a imaginé, le temps d’une soirée au Théâtre du Châtelet, de redonner voix à Notre-Dame de Paris, ce grand édifice blessé et muet. Comment transposer l’identité acoustique de la cathédrale dans l’écrin d’un théâtre ? Stéphane Oskeritzian, responsable audiovisuel du Châtelet, retrace ici le défi hors norme consistant à recréer l’empreinte sonore d’un monument historique au sein d’un théâtre à l’italienne.

    Ce retour d’expérience détaille une collaboration scientifique et technique inédite impliquant les chercheurs du CNRS et le système Soundscape de d&b audiotechnik pour intégrer des mesures acoustiques réelles réalisées avant l’incendie de 2019. Entre prologue narratif reconstituant un chantier sonore et concert à l’acoustique virtuelle, cette intervention explore les capacités de la spatialisation à restaurer un patrimoine immatériel et à transformer l’expérience du spectateur.

  • Playlist Transaurale

    https://videos.cdn.spotlightr.com/watch/playlist/NzA2MA==